Librement inspiré de l’histoire des Fines Louches

On nous a plusieurs fois demandé de partager notre expérience de création d’entreprise, de raconter nos aventures d’entrepreneuses novices, les galères comme les succès… Mais nous allons faire mieux que ça : nous allons littéralement vous faire vivre l’expérience comme nous l’avons nous-même vécue !

Imaginez… Vous vous lancez dans la création d’une conserverie. Votre enthousiasme et votre bon sens sont vos meilleurs alliés ; vos lectures, les formations que vous suivez et les conseils de votre entourage professionnel permettent de pallier votre méconnaissance du monde entrepreneurial… Vous allez néanmoins devoir vous familiariser avec les notions de charges (qu’elles soient sociales, financières, fixes ou d’exploitation…), de business plan, d’amortissement, de CMS ou encore de PMS (qui n’ont en réalité absolument rien à voir !)

Vous y êtes ? Alors c’est parti pour l’aventure !

c'est parti pour l'aventure de la création d'entreprise
Let’s go !

La raison sociale : Comment on va l’appeler ?!

Vous vous dites que ça doit être terriblement excitant de choisir le nom de sa future entreprise, un peu comme on choisit le prénom de son enfant à naître ?! A vous de juger…

Évidemment au début les idées fusent dans tous les sens et vous pensez même que le plus compliqué va être de choisir. Mais rassurez-vous, très rapidement vous êtes confronté aux avis de votre entourage personnel et professionnel qui vous conduisent à faire un tri drastique à coup de « moi j’aime pas trop, mais après c’est une question de goût hein », de « personnellement ça me donne pas envie d’acheter » ou encore de « ça a le mérite d’être original »…

Après l’effusion, la réflexion

Après cette phase, vous comprenez que pour satisfaire le maximum de personnes, à commencer par vous, il faut que votre nom d’entreprise remplisse les critères suivants :

  • Pour combler votre ego naissant de chef d’entreprise, le nom doit « vous ressembler » vous diront les plus poétiques, c’est-à-dire évoquer quelque chose de vous, une singularité (typiquement, comme votre voisin électricien, votre identité déclinée en prénom et/ou nom fonctionne en effet) ;
  • Le client doit reconnaître votre activité ou type de produits à travers votre nom (et là vous pensez à Orange ou encore à Apple… mais dites-vous que vous n’avez peut-être pas le même budget communication pour pallier le mystère !) ;
  • Quelle que soit sa dose d’originalité, le nom de votre entreprise doit interpeler le client et l’encourager à le retenir… A noter que dans ce but votre logo (voire votre charte graphique) est évidemment essentiel !
  • Et le meilleur pour la fin : que le nom ne soit pas déjà « pris » et déposé par une autre entreprise de votre secteur !

Déjà pris !

Eh oui ça arrive ! Imaginez, après avoir eu L’Idée qui répondait à toutes ces exigences, Le coup de cœur commun, on vous parle vaguement du site INPI qui référence les marques déposées. Et là, c’est le drame : votre trouvaille est déjà déposée par une autre entreprise ; pas littéralement mais sa marque contient votre nom, ce qui est juridiquement impossible. Dans ce cas, deux possibilités :

  1. Vous prenez le risque de maintenir votre nom en croisant les doigts pour que le propriétaire ne s’en aperçoive pas (et ne vous colle pas un procès). Cela dépend aussi de votre activité et de votre visibilité, notamment sur internet. Impossible pour vous qui allez également vendre en ligne. Mais tout à fait possible pour les dizaines de restaurants nommés « La Cantine » ou « chez Lulu » visiblement !
  2. Vous en faites le deuil et vous vous (re)lancez dans une nouvelle quête.

Vous décidez d’opter pour cette deuxième option. Adieu donc « Les… » !

Ah non, vous n’allez pas dévoiler le premier nom que vous aviez choisi parce qu’après un teasing pareil, tout le monde va à coup sûr penser « ah c’est dommage, c’est vrai que c’était sympa aussi Les … » !

coeur brisé cuisine

S’en suivent des heures, des jours et des semaines (pardon pour la chanson de Patrick Fiori qui vient de surgir dans votre tête) de réflexions solitaires, de brainstormings entre amis et de sondages en famille… Durant cette période, on vous répète maintes fois : « Ne t’inquiète pas, ça viendra et ce sera une évidence ! » Mais pour être honnête, votre découragement est croissant.

Que tu me viennes, je ne m’y attends plus, que tu me viennes j’ai tellement attendu…

Vous vous penchez donc à nouveau sur votre liste en entrant par le critère que vous avez finalement défini comme prioritaire (pensant désespérément que vous ne parviendrez pas à tous les remplir) : le lien avec votre activité. Vous en venez à étudier les expressions courantes autour de la gastronomie et tentez de les détourner avec des jeux de mots pour l’originalité. Enfin, vous ajoutez votre touche personnelle (pour nous, le pluriel qui évoque parfaitement notre duo d’associées , tout comme l’adjectif « fine » qui caractérise assez bien notre équipe :D). Ça y est, après presque deux mois de casse-tête, votre entreprise est baptisée ! (et Les Fines Louches sont nées ! Ne vous emballez pas, il est déjà déposé celui-là 😀)

The End

Vous êtes à la fois épuisé et soulagé, vous doutez de tout, sauf de votre incapacité à encaisser de nouveaux « moi j’aime pas trop, mais après c’est une question de goût hein » & cie, mais ne vous inquiétez pas ! Votre entourage vous a vu dépérir (ou développer votre névrose selon les profils) au fil des semaines et se montre à présent nettement plus indulgent : « eh bien je préfère celui-là tu vois ! » et saura même trouver les arguments pour déprécier le précédent.

Les premiers temps, lorsque vous présentez votre entreprise sous son nouveau nom, vous avez une fâcheuse tendance à préciser votre idée initiale, le deuil n’étant pas encore terminé… Mais les « ah oui c’est dommage c’était sympa ! », même agrémentés d’un tendre « aussi » par les interlocuteurs les plus empathiques, vous font vite passer l’envie de raconter votre galère. Ajoutez à cela quelques « boh au final c’est pas très important le nom » et vous voilà fin prêt à déposer fièrement votre marque auprès de l’INPI ! En toute honnêteté, les quelques centaines d’euros (pouvant certes se réduire à plusieurs dizaines selon le nombre de classes d’activités concernées) vous font néanmoins passer le sourire le temps d’un coup de carte bleue…

Mais vous pouvez désormais concentrer votre énergie (et il va vous en falloir) sur l’étape suivante : les chiffres !

chiffres comptabilité création d'entreprise
Des chiffres plein la tête !

Business plan, prévisionnel… Les finances, c’est toi !

Vous n’êtes pas comptable ? ni conseiller bancaire ? Et vous vous dites qu’autant le choix du nom était plutôt divertissant, autant les chiffres… Mais ne vous inquiétez pas, quel que soit votre degré d’affinités avec eux, ils vous le rendront plutôt bien !

En quelques semaines, les business plan, dossier prévisionnel et plan de financement n’ont aucun secret pour vous ! Vous vous surprenez même à penser sous forme de tableau et à naviguer entre les lignes comptables en un temps record. Sans parler du fait que vous connaissez par cœur vos chiffres d’affaire prévisionnels sur les 3 ans à venir et le pourcentage de chacune de vos charges, à condition cependant d’avoir réussi à évaluer leur montant ! Et vous allez vous rendre compte que ce n’est pas si simple…

La folie du devis

Pour estimer vos dépenses initiales ou vos charges mensuelles, du prix de vos matières premières au forfait de votre comptable, vous vous lancez dans des demandes de devis à tout-va ! Vous attendez avec impatience chaque réponse, qui vous parvient avec un délai variable selon la structure à laquelle vous vous adressez… Entre le micro-entrepreneur qui porte à lui seul toutes les casquettes de son entreprise, la société uniquement joignable par un formulaire de contact plutôt douteux, et la quasi-multinationale qui emploie plusieurs salariés dévoués à la réception et rédaction des devis mais qui reçoit autant de demandes par jour que de fois où vous avez cliqué sur « actualiser votre boîte de réception », vous comprenez rapidement qu’établir votre business plan va prendre un peu plus de temps que prévu…

Au fil des devis qui finissent par remplir votre bureau d’ordinateur, vous devenez peu à peu une forme incarnée de comparateur (qui va continuer d’évoluer tel un Pokemon lors de la phase de calcul des dépenses en équipement et matériel). Peu importe, l’essentiel est que vous voyez se remplir les cases de votre budget prévisionnel.

Vous feignez cependant de ne pas en voir certaines, aussi peu inspirantes que ce livre que vous avez emprunté à la médiathèque pour vous aider à y venir à bout… En effet, vous n’avez absolument aucune idée de votre future consommation en électricité, encore moins en eau, sans parler du cours du marché des fruits et légumes en gros dans l’industrie agro-alimentaire locale (non ce n’est pas le titre du 3ème Menu d’une partie de Burger Quiz).

calculs en équilibre
La laborieuse tâche des estimations…

Google ne sait pas tout… et vous non plus !

Tandis que vous vous acharnez à comprendre ce qu’est un CMS et lequel choisir pour votre site e-commerce à l’aide de forums, blogs ou sites marchands dont regorge votre moteur de recherche, vous réalisez que votre esprit est ailleurs, toujours préoccupé par ces estimations de dépenses énergétiques… Dans un geste de désespoir, vous ouvrez un nouvel onglet et en quelques clics vous finissez par dégoter le seul outil dont vous disposez pour vous aider à évaluer votre future consommation en eau : le simulateur proposé aux particuliers par Veolia. Vous en venez donc à imaginer combien de kilos de légumes pourraient être lavés dans une baignoire et donc combien de baignoires d’eau vous allez remplir en un mois de production !

Si vous en êtes arrivé là, c’est essentiellement parce que l’activité de conserverie dans laquelle vous vous lancez n’est pas référencée. Concrètement, si vous aviez voulu ouvrir une boulangerie ou un restaurant, vous auriez trouvé en quelques clics les estimations de votre consommation mensuelle en eau, électricité et même en farine et liquide vaisselle ! Mais la conserverie, c’est un univers impénétrable… jusqu’à présent réservé aux gros industriels ou aux petits artisans bouchers ou maraîchers en complément de leur activité.

Cet obscurantisme vous jouera également des tours lorsque vous tenterez de lister précisément les normes sanitaires qui s’imposent à votre activité… Mais chaque chose en son temps !

Vous finissez néanmoins par évaluer le montant approximatif de vos charges en énergie grâce à de savants calculs basés sur des volumes de baignoires, des consommations moyennes de restaurants traiteurs et d’industries agro-alimentaires, et les fiches techniques de votre futur matériel. En effet, vous avez parallèlement avancé sur ce point, loin cependant d’en être tiré d’affaire !

rubik cube ou stratégie financière
Le casse-tête des calculs de charges

C’était plus facile dans les Sims !

L’ensemble du matériel et des équipements dont vous aurez besoin dans votre activité constitue une grande part des investissements. Vous tenez une piste pour la location d’un atelier dans une pépinière d’entreprises, mais votre laboratoire de production reste entièrement à construire et à équiper.

  1. Vous parvenez assez vite à dessiner ses plans, avec les différents postes : point d’eau, chambre froide, légumerie, découpe, cuisson, remplissage, capsulage, stérilisation. Ces premiers éléments vous imposent déjà une surface minimale, mais vous êtes également contraint par les dimensions du local de 100 m2 dans lequel vous allez l’implanter et qui doit également contenir le stock de matières premières (en l’occurrence essentiellement les milliers de bocaux), le stock de produits finis, mais aussi le bureau et les sanitaires qui eux sont déjà là, et bien là, pour une surface totale de presque 30 m2.
  2. Une fois la superficie de votre laboratoire fixée entre 25 et 30 m2, vous passez avec empressement à l’étape suivante : l’estimation des matériaux de construction… qui s’avère comme vous l’aviez anticipé encore plus complexe que les dépenses énergétiques. Voire impossible. Après plusieurs jours d’étude des différents types de panneaux sandwich (oui, les cloisons compatibles avec les activités alimentaires s’appellent réellement comme ça :D), de l’implantation d’un réseau électrique en triphasé, d’une évacuation d’eau à plus de 115°C, ou encore de l’installation d’un circuit d’air comprimé, vous abandonnez l’idée de réaliser les travaux sans l’intervention de professionnels du bâtiment. Leur premier devis tombe, tout comme la confirmation que vous devez revoir à la hausse votre estimation et donc votre emprunt bancaire…
  3. Vous continuez à éplucher la pile de magazines « CHR » qui recensent tout le matériel nécessaire pour équiper une cuisine professionnelle, tout en dégageant sur votre bureau une petite place pour votre ordinateur pour comparer chaque prix sélectionné dans les revues avec ceux proposés sur des dizaines de sites internet. D’autant plus que certains équipements indispensables en conserverie (comme un pH-mètre) ne sont pas proposés pour les restaurateurs…
grenouille qui épluche des documents
  1. Vous ajoutez à cela les impératifs réglementaires : doit-on obligatoirement utiliser une machine pour capsuler ? (Vous employez le terme avec fierté depuis que vous avez découvert que dans le milieu on ne « ferme » pas le « bocal » avec un « couvercle » mais on « assure l’étanchéité » et « on crée le vide » dans des « twist off » grâce à une « capsule avec flip »). Mais ne nous éparpillons pas, nous reviendrons sur la question des normes plus bas…

Après plusieurs semaines passées à comparer les prix, depuis la planche à découper jusqu’à l’autoclave (l’énorme cocotte-minute qui assure la stérilisation) en passant par l’assurance de votre local et l’impression de vos cartes de visite, vous êtes devenu incollable sur les tarifs d’étagères à charge lourde (2ème évolution du Pokemon) mais le résultat est là :

Vos devis sont sélectionnés, votre laboratoire est modélisé (à vrai dire dessiné sur des feuilles à petits carreaux qu’il vous reste de vos années d’étude) et vos besoins en trésorerie initiale estimés : votre plan de financement et votre dossier prévisionnel sont bouclés.

Place à l’action à présent : armé de votre mallette en cuir (ou de votre sac à dos multicolore) et de votre plus beau stylo, vous partez à la recherche de partenaires et de financements, prêt à signer le bail de location et les accords de prêt.

présentation textes

Du financement à la production : On concrétise !

La phase de séduction

Vous ouvrez le bal des rendez-vous et des présentations avec un passage devant la commission qui vous attribuera (ou non) un local à louer dans une pépinière d’entreprises artisanales. L’objectif : un accompagnement sur-mesure, une véritable communauté professionnelle et un loyer réduit ! Cette première expérience se déroule non sans une certaine pression, mais face à une audience bienveillante et disposée à vous laisser une chance d’implanter cette activité plutôt originale bien qu’ancestrale dans le paysage local : les 100 m2 du local n°9 vous attendent ! (enfin presque, les 12 travaux d’Astérix ne font que commencer…)

S’en suit la réunion d’un second comité d’initiative locale impulsée par la CCI (chambre de commerce et d’industrie), visant à vous accorder un prêt à taux zéro. De la même façon, l’assemblée de chefs d’entreprise et de cadres financiers soutient votre projet et répond favorablement à votre demande de prêt !

Regonflé par ce pécule autant que vous l’êtes, votre dossier financier peut enfin être soumis au crible de ceux qui tiennent la vie (en l’occurrence la naissance plutôt) de votre entreprise entre leurs mains et que l’on appelle délicatement des « conseillers bancaires professionnels ». Vous commencez par le présenter humblement mais dignement à un premier, puis un deuxième et un troisième… Pas sûr qu’on puisse vraiment compter le dernier à vrai dire : suite à une erreur de prise de rendez-vous, vous êtes en réalité reçu entre deux portes par un conseiller spécialisé en profession libérale qui vous écoute poliment mais qui n’a pas vraiment de capacité ni d’intérêt à vous répondre…

De toute façon, comme pour le choix de votre comptable, vous savez déjà avec qui vous voulez travailler et faites le nécessaire pour parvenir à conclure ce partenariat. Après quelques rebondissements et renégociations, votre demande de crédit est acceptée et votre compte professionnel en cours de création ! Vous êtes évidemment soulagé mais inquiet par le temps qui continue de défiler, d’autant plus que la période des fêtes de fin d’année et sa trêve administrative approchent…

le temps passe l'herbe pousse
Le temps passe et les fruits et légumes poussent !

Patience…

En effet, vous avez fixé la date d’immatriculation de votre entreprise au 2 janvier 2020, comme objectif personnel certes, mais aussi sur un nombre presque déjà incalculable de paperasses que vous avez signées (contrat d’assurance professionnelle, bail de location, etc.). Et lorsque votre comptable vous explique un peu plus clairement aux alentours de la mi-décembre le trajet que s’apprête à entamer votre dossier d’immatriculation…

Phase 1 : Vous avez une pensée tendre mais quelque peu agacée pour le dessin animé des 12 travaux d’Astérix (on vous l’avait promis!) devant lequel vous riiez tant enfant et dans lequel vous voyez désormais projeté… « Alors là, votre dossier, a priori, est complet (il faut savoir que tout modélisateur du type « a priori », « normalement » ou « en principe » commence à provoquer chez vous des réactions physiologiques). Ah non, il manque toujours la copie du bail de location pour justifier l’adresse du siège social. » Sauf que le bail (papier n°1) doit être signé après l’immatriculation de l’entreprise, immatriculation pour laquelle vous êtes précisément en train de monter ce dossier qui doit comporter le bail, c’est bien ça. « Ensuite, dès que la banque vous aura donné la preuve de dépôt des fonds sur le compte A (papier n°2), on l’ajoute au dossier, qui part au greffe. »
On vous fait grâce de l’épisode précédent où il a fallu mettre au clair qui de vous, de la chambre des métiers ou du comptable déposait tel papier (auparavant signé par les deux autres protagonistes) dans tel dossier à tel moment…
« Une fois qu’il a été traité par le greffe, ce dernier vous édite votre Kbis (papier n°3, dit Le Graal ou le A38 pour Astérix) que vous pourrez remettre à la banque afin qu’elle supprime le compte A qu’elle a mis des semaines à ouvrir, qu’elle en mette quelques-unes de plus pour ouvrir un nouveau compte B sur lequel, après vous avoir rédigé puis présenté ses offres de prêt lors d’un rendez-vous tant attendu mais reporté pour cause de coupure générale de réseau dans l’agence bancaire, elle pourra créditer le montant de votre prêt au fur et à mesure des factures que vous lui transmettrez. »
Reprenez votre respiration ce n’est pas terminé. Et là c’est plus ou moins votre conseiller bancaire qui prend le relais…
« Ne vous inquiétez, vous avez l’argent sur votre compte mais vous ne pouvez pas y toucher, c’est tout-à-fait normal : il est bloqué. Il faut patienter quelques jours (comprenez semaines) pour le débloquer. Votre carte bancaire et votre chéquier sont commandés, ils ne devraient pas tarder non plus (sans commentaire). »

puzzle billet de banque

Phase 2 : Vous comprenez donc qu’en plus de votre impatience, il va falloir gérer celle de vos fournisseurs qui ont passé des pré-commandes pour vous livrer en janvier…

Heureusement, vous réalisez assez vite que contrairement à vous, eux sont déjà passés par là et savent. Vous les soupçonnez même de l’avoir su au moment où vous leur exposiez presque sereinement vos plans : « Notre société va être immatriculée au 2 janvier 2020 donc si tout va bien (avec du recul, l’expression a dû leur mettre la puce à l’oreille), on a le virement de la banque dans la foulée (deuxième expression suspicieuse) et on vous règle aussitôt (et troisième) ». De toute façon, il savaient aussi que vos travaux ne seraient pas terminés « mi-février grand maximum » comme vous leur aviez annoncé…

Un mois après, grâce à la bienveillance de l’ensemble de vos partenaires et fournisseurs d’une part et à votre capacité d’adaptation d’autre part, vous ressortez grandi de ce remake des 12 travaux d’Astérix car à présent, vous aussi vous savez.

le labyrinthe de la création d'entreprise

Enfin les choses sérieuses

Soulagé de voir votre compte bancaire se remplir au fil des factures que vous faites parvenir à la banque (avant de le voir, avec moins de soulagement pour le coup, se vider lors du règlement des dites factures), vous réceptionnez peu à peu l’ensemble de votre matériel. Le retard qu’ont pris les travaux de construction de votre laboratoire de production à l’intérieur du local que vous louez ainsi que différents imprévus de vos fournisseurs ont décalé les dates de vos livraisons.

L’autoclave, le clou du spectacle, fabriqué en France tout récemment, vous parvient enfin. Premier rebondissement : vous devez mesurer plus d’1m70 pour le remplir tant sa cuve est profonde. Deuxième rebondissement : vous allez devoir pratiquer un entraînement intensif pour manipuler le couvercle tant il est lourd et encombrant. Troisième rebondissement (le vrai) : la carte électronique est défaillante et empêche la mise en route de l’autoclave. Allez, un quatrième pour la route : votre fournisseur a fait plusieurs centaines de kilomètres pour procéder à l’installation de l’autoclave et ne pourra donc pas revenir de sitôt avec une nouvelle carte électronique : vous allez devoir vous débrouiller sans lui. Une semaine plus tard, le fabricant vous a fait parvenir la carte et votre électricien l’a remplacée. Vous réalisez les tests de démarrage que votre fournisseur vous a précisément exposés… Le verdict tombe : votre autoclave fonctionne !

Vous allez enfin pouvoir… passer à l’action ?! Eh non préparer le passage à la phase de production. Effectivement, la route jusqu’à vos points de vente est encore longue… à commencer par l’indispensable validation des barèmes.

on the road

La validation des quoi ?!

Avant de produire et de commercialiser, vous devez faire établir par le centre technique agro-alimentaire référent en la matière une « validation des barèmes » de stérilisation ou de pasteurisation ayant pour but de déterminer les « programmes » de traitement thermique que vous allez appliquer à chacun de vos produits (pour chaque format des différentes recettes). Ce procédé se base sur l’étude de votre processus de fabrication, le relevé de données cartographiques de votre autoclave et les analyses microbiologiques de chacun de vos produits réalisées 21 jours après leur fabrication afin d’évaluer leur stabilité.

Bien évidemment, depuis votre retour de formation vous maîtrisez parfaitement ces concepts techniques et tout-à-fait spécifiques où se rencontrent des notions de biologie, de chimie et de mathématiques…

À cet instant, vous avez en tête l’exemple de votre voisine (la femme de l’électricien) qui fait des confitures dans son garage et les vend au marché du village le dimanche matin… Vous doutez fortement qu’un quelconque centre technique agro-alimentaire ou un laboratoire d’analyses soit venu mettre ne serait-ce qu’un pied dans son « local de production » (« et heureusement » pensez-vous!), et vous en venez donc à vous demander si tout cela ne représente finalement pas qu’un excès de zèle… Nous allons tâcher d’éclaircir ce point.

marmite qui fume

Se protéger avant tout !

Avant de vous lancer dans la mise en œuvre de toutes ces démarches sanitaires et d’y investir une partie conséquente de votre budget, vous avez bien sûr tenté de répondre naïvement à la fameuse question : « C’est obligatoire ou pas ? »

Pour cela, souvenez-vous, vous vous êtes d’abord aventuré dans la brume du monde de la conserverie à la recherche des normes sanitaires qui régissent votre activité, en vain. Vous avez suivi une formation en hygiène professionnelle pour les métiers de l’alimentation. Vous vous êtes adressé tantôt à un conserveur, à un technicien agro-alimentaire, à un conseiller en réglementation sanitaire des métiers de bouche, en récoltant autant de réponses différentes que d’interlocuteurs… Jusqu’à ce que les professionnels de la conserverie qui vous ont formé finissent par vous parler des « bonnes pratiques » et de « l’obligation de résultat », que l’on pourrait résumer de cette façon :

Vous êtes tenu de garantir la qualité sanitaire de vos produits, autrement dit de ne pas rendre malades vos consommateurs. Et pour vous aider dans cette mission, il existe un certain nombre de procédures notamment celles appelées « bonnes pratiques » que les services vétérinaires chargés de la protection des populations jugent bon (pour ne pas dire essentiel) d’appliquer et de consigner dans un registre qui répond au doux acronyme de PMS (pour « plan de maîtrise sanitaire »).

Quelques exemples de normes sanitaires (au cas où votre voisine vous poserait la question) :

  • Installer dans votre laboratoire un sol anti-dérapant (dont le degré de granularité est normé) ainsi que des cloisons spécifiques (même chose, matériaux et épaisseur réglementés) ;
  • Maintenir une marche « en avant » dans votre procédé de fabrication que vous devez formaliser sous la forme d’un « diagramme de production » par recette ; et donc aménager votre laboratoire en fonction avec des points d’eau différents selon leur fonction et le stade de production ;
  • Bannir l’utilisation des torchons dans votre cuisine (si vous regardez Top Chef, faire abstraction du passage où Philippe Etchebest passe un savon au candidat qui a oublié d’accrocher le sien à son tablier), tout comme celle des ustensiles en bois à commencer par les planches (fermez les yeux sur les décors champêtres de toutes ces émissions culinaires) ;
  • Porter des chaussures adaptées à la production alimentaire, une blouse ou équivalent, et surtout une charlotte (à ce stade-là, le mieux reste d’arrêter de regarder Top Chef) ;
  • Vous munir d’équipements certifiés « alimentaires » tel qu’un balai « alimentaire » ou encore une poubelle « alimentaire » ;
  • Faire analyser l’eau par un laboratoire agréé, le même qui prélèvera régulièrement des échantillons de vos produits ;
  • Relever quotidiennement les températures de votre chambre froide ;
  • Mettre en place des dispositifs de veille pour les éventuels nuisibles ;
  • etc.
liste de tâches à cocher

Etude de marché, statuts juridiques… Tout ce dont on ne parlera pas

Nous vous avons fait vivre grâce à cet article quelques moments-clés de notre création d’entreprise.

Il faut vous l’avouer, nous avons néanmoins quelque peu triché : nous vous avons fait supporter le temps de cette lecture l’entière charge de ce que nous, nous avons eu la chance de partager 🙂 Vous le savez (sinon rdv sur notre page Qui sommes-nous ?), Les Fines Louches c’est un tandem finement accordé qui trouve son équilibre dans sa complémentarité, et c’est aussi deux cerveaux, deux cœurs, deux épaules de plus sur lesquelles s’appuyer et quatre yeux qui regardent dans la même direction ! Et croyez-nous, ça change la donne 😉

Par ailleurs, pour votre santé mentale et oculaire, nous n’avons pas opté pour une version exhaustive de nos aventures et nous avons dû faire impasse sur de nombreux sujets plus palpitants les uns que les autres !

Par exemple, nous vous avons épargné :

  • L’étude de marché : analyse de la concurrence, prospections auprès des professionnels revendeurs, diffusion d’un questionnaire à travers la France et les âges…
  • Les problématiques juridiques autour de la rédaction des statuts de la société et du choix de sa forme : SARL ou SAS ? Les avis ne manquent pas et évoluent même parfois entre le début et la fin d’une même réponse… Une chose est sûre : le jour où nous nous dirons que nous avons choisi la mauvaise (version négative) ou bien qu’il est temps d’en changer (version positive, selon comment ces années d’entrepreneuriat nous auront vu vieillir), ce sera le signe que notre société se porte plutôt bien !
  • Le compte-rendu des différentes formations que nous avons suivies : comptabilité, gestion, création de site internet, stratégie commerciale… et bien sûr le cycle « Devenir conserveur » pour le savoir-faire technique et sanitaire essentiellement ;
  • Le développement des supports de communication et autres œuvres graphiques : création du logo, des cartes de visite, des plaquettes commerciales, du site internet e-commerce et des étiquettes (avec son lot de normes à respecter comme la taille de certains caractères en fonction de l’aire de l’étiquette…) ;
  • La sélection des contenus et des contenants, à savoir des produits (gamme, recettes, volumes) et des bocaux (type, formats, capsules…) ;
  • La recherche des différents partenaires, et nous sommes loin d’être seules !
  • La crise du Covid-19 et son confinement qui, à 48 heures près, a décalé de plusieurs semaines la validation de nos barèmes et donc le lancement de notre production et bien évidemment la commercialisation de nos produits prévue en avril 2020… sans pour autant pouvoir bénéficier des aides gouvernementales, ne pouvant justifier d’une baisse de notre chiffre d’affaire forcément nul jusque là.

Mais nous voilà désormais en 2021, une nouvelle année pour de nouvelles réflexions et à coup sûr de nouveaux défis !

Crédits photo :
Let’s go : pexels
Coeur brisé : matvevna
Des chiffres plein la tête : designwebjae
La laborieuse tâche des estimations : stevepb
Le casse-tête des calculs de charges : papazachariasa
La grenouille : alexas_fotos
La déclaration : wikiimages
Le temps passe et les fruits et légumes poussent : nattanan23
Le billet de banque puzzle : qimono
Le labyrinthe : eluj
Sur la route : langll
La marmite qui fume : jackmac34
La to do list : stevepb
Les ânes : mvdsande


11 commentaires

Pierick · 26 novembre 2021 à 17 h 22 min

Une petite question,
Vous êtes vous aider d’un logiciel existant pour votre étude de marché et votre Business plan ?

🙏😊

    Les Fines Louches · 29 novembre 2021 à 14 h 50 min

    Bonjour Pierick, à vrai dire on a travaillé sur tableur, en créant notre propre fichier 😅

dez · 23 novembre 2021 à 22 h 36 min

bonjour, ou avez vous fait votre formation de pasteurisation et stérilisation svp ?

    Les Fines Louches · 26 novembre 2021 à 14 h 38 min

    Bonjour, nous nous sommes adressées au centre de formation du CTCPA qui dispose de plusieurs antennes réparties sur le territoire.

Annie Chav · 14 mai 2021 à 19 h 02 min

Bonjour,
Merci pour toutes ces explications !
Nous avons le projet de créer un atelier de transformation sur notre ferme en faisant de la prestation de service pour les producteurs locaux (que des végétaux), et je me demandais du coup, ça n’est pas obligatoire de faire la formation HACCP ??
Merci beaucoup !
Annie (une autre !)

    Les Fines Louches · 17 mai 2021 à 9 h 08 min

    Bonjour Annie,
    La formation HACCP reste obligatoire, même pour les végétaux. Elle vous permettra d’acquérir les bases de maîtrise sanitaire nécessaires pour les métiers alimentaires.
    Bon courage pour votre projet !

      Annie Chav · 18 mai 2021 à 15 h 57 min

      Merci beaucoup !
      Bonne continuation à vous !

ANNICK MASSON · 25 octobre 2020 à 17 h 58 min

Félicitations à toutes les deux.
Que que votre entreprise soit florissante.

La marraine de Florent

    Les Fines Louches · 26 octobre 2020 à 8 h 21 min

    Merci beaucoup pour votre soutien Annick 🙂

Annie Chipier · 6 octobre 2020 à 21 h 30 min

merci mesdames de votre partage, bravo !
J’ai l’idée de faire comme vous et sûrement vous contacterai.
Bon courage, vous le méritez.
Belle route à vous.
Ne changez rien.
Année Chipier de l’Isère

    Les Fines Louches · 7 octobre 2020 à 17 h 21 min

    Bonjour Annie, merci beaucoup pour votre soutien 😊 à bientôt peut-être alors et bonne continuation quoi qu’il en soit !

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